L’animatrice vedette des femmes, Oumou Diarra dite Djèman nous a reçus chez elle à domicile. Notons que plu sieurs questions relatives à la vie de couple et à la moralisation de la société ont été évoquées.
Femme 2000 : Qui est Oumou Diarra ? Oumou Diarra: Je suis madame Coulibaly Oumou Diarra, dite Djèman. Je suis mariée et j’ai des en fants. Je suis animatrice productrice à l’ORTM/TM2. Je suis comédienne, animatrice de causeries-débat, de spectacles. En un mot, c’est Oumou Diarra.
Je n’ai pas fait de formation pour devenir anima trice. Je suis une sortante de l’ECICA comme doua nière. Après les études, je faisais les petites activités comme la vente, la couture, la tresse, en attendant le concours de la fonction publique de la douane. C’est ainsi que le comédien Michel Sangaré m’a amenée à la radio en attendant le concours de la douane. Je suis toujours en attente.
Femme 2000 : Comment et dans quel contexte Michel Sangaré vous a introduite à la radio ? Oumou Diarra : Nous étions des voisins à Djélibou gou, où réside ma famille. Ma petite sœur est mariée à son ami intime. C’est chez nous que se trouvait leur grin. Donc lorsqu’il m’a vu en train de faire les petites activités, il m’a proposé la radio Kaira, car c’est là-bas qu’il travaillait. Vous comprenez que j’ai commencé la radio à Kaira. En son temps, je n’avais pas aimé la radio. La première émission que j’ani mais était « GUINGUIN GRIN ». Ensuite j’ai travaillé avec Bandiougou Tounkara après le départ en France de Michel. Nous avons animé ensemble l’émission « SOGOMA BARO ». C’est de là qu’est partie ma carrière en tant qu’animatrice. Lorsque mon directeur de programme a su que le concours devait être lancé, il m’a muté dans une autre station de Kaira pour faire des animations, c’était une façon de m’éviter de faire le concours, car tout le monde savait que la radio n’était pas ma passion. C’est la douane que je voulais faire, par ail leurs mes collaborateurs ont fait en sorte que je ne fasse pas le concours. Chaque fois on prévoyait des déplacements vers d’autres stations de la radio pour ne pas que je sache que le concours était lancé. C’est dans ce contexte que je suis restée à la radio.
Femme 2000 : Est-ce la bonne qualité de ton tra vail qui a fait qu’il n’avait pas voulu te libérer ? Oumou Diarra : Non, ce n’est pas cela, il y avait des gens plus compétents que moi. Ce que je puis dire est que je suis quelqu’un qui s’habitue facile ment à d’autres en créant l’ambiance, la gaité, au trement dit faire en sorte que les soucis des uns et des autres puissent s’épargner. Si une telle per sonne est absente, on le constate. Quand je suis à la radio, je fais taire les querelles. Je tente toujours de taire les querelles. Aucune réunion ne se gâche à ma présence. Même en famille, c’est naturel pour moi de faire la paix, de provoquer l’entente entre les gens, je pense que c’est ce qui a fait qu’ils m’ont
maintenu à la radio. À un moment donné j’étais la seule femme à Kaira avec 27 hommes. J’intervenais pour arranger les mariages, pour éviter les divorces, gérer les conflits conjugaux. Je pense que tout cela a contribué à mon maintien.
Femme 2000 : Quelle a été la perception de votre famille par rapport à votre activité en tant que animatrice de radio ?
Oumou Diarra : Sur ce point, c’est surtout ma mère (que son âme repose en paix) qui n’avait pas appré cié mon travail en tant qu’animatrice. Elle me disait qu’on lui en parlait sur la route du marché. Je me cachais pour aller à la radio car la radio n’était pas loin de notre famille. J’étais une jeune fille qui aimait l’ambiance. Pour moi, je n’allais pas pour y rester et en faire mon travail. Les gens avaient commencé à dire à ma mère que la parole n’est pas facile, c’est ainsi qu’elle s’était plainte. On estime que la parole possède un foulard, une chemise, des chaussures, elle est plus âgée que soi, bien faite elle construit toute une communauté, mal faite elle détruit toute une communauté. Par ailleurs, elle jugeait qu’il fallait une capacité mentale pour exercer une telle activité, donc elle me disait de chercher un autre emploi.
Et chaque fois que je décidais de chercher un autre emploi, la radio faisait en sorte que cela ne puisse pas aboutir. Mon père n’a pas posé de problème. C’est ma mère qui n’aimait pas les activités relatives à la communication. Les proches ont approché ma mère pour la sensibiliser. Elle avait compris mais chaque fois elle constatait un défaut dans mes pro pos à la radio tandis que les auditeurs trouvaient bons mes propos. Elle avait peur de la parole voilà pourquoi elle s’opposait à mes animations. Malgré qu’elle avait compris, elle a refusé que je fasse des animations de type ambiance, car pour elle, il ne faut pas jouer avec les mots.
Femme 2000 : Qu’est-ce qui vous a motivé à conseiller la masse populaire et particulièrement les couples ?
Oumou Diarra : Ce qui m’a motivé, c’est d’abord l’entente qui régnait entre les coépouses de ma mère que j’ai su à un âge avancé, je ne les avais ja mais vu se quereller. Elles utilisaient presque les mêmes ustensiles. C’est en 6ième année que j’ai connu ma propre mère à travers mon acte de nais sance, car je dormais dans la chambre d’une des coépouses de ma mère. Aucun signe ni comporte ment ne montrait qu’elle n’était pas ma propre mère. Le jour du décès de notre mère, ce sont les enfants des autres coépouses qui ont beaucoup pleuré, et c’était pareille pour nous autres, et personne dans le voisinage à Djélibougou, à part les autochtones, ne pouvait faire la différence entre nous. Pour moi, c’est ce qui peut construire, mais de nos jours, cela n’existe pas.
Avant la mort de mon père, il m’a dit ceci : « tu es le père et la mère de tous mes enfants.» Aujourd’hui, il n’est pas en vie, mais ces propos me reviennent toujours en tête face à certaines de mes réactions. Ma mère avait l’habitude de me dire que le premier
enfant d’une famille doit être à l’origine de l’unité fa miliale, et il est de même pour la première femme d’un foyer. Et aussi, le membre de la famille qui a plus de moyens que les autres, peut provoquer l’unité familiale.
Donc, j’ai vu que tout ce dont je parle a été béné fique pour ma propre famille, pourquoi ne pas exter naliser ces valeurs pour qu’elles puissent construire d’autres couples ou familles. Tout cela m’a poussé à faire des recherches pour comprendre si l’éduca tion dans le passé était la même que celle que j’ai trouvé dans ma famille ou bien était-ce plus que ça. L’animation à la radio m’a poussé à des recherches avant que je n’arrive à la chaine nationale Ortm. J’ai eu des réponses de vieilles personnes qui ont avoué que l’éducation d’antan était plus rigoureuse que celle que j’ai constatée dans ma famille. Mais de nos jours, c’est le contraire, les liens de famille ont été bafoués, il n’y a pas de bons voisinages, les couples se déchirent, etc. pour moi, même si je ne peux pas restaurer les valeurs d’une vie sociale, je peux faire mon mieux de sorte que l’on ne puisse pas oublier notre dignité d’antan.
Dans mes recherches, j’ai cherché à comprendre comment les mariages étaient conclus dans le passé. Il s’avère que le mariage commençait par avoir des informations sur la mère de la fille que l’on voulait épouser. Il y avait un ensemble de questions auxquelles l’on cherchait des réponses pour épou ser une fille: sa mère est-elle mariée ? Vit-elle dans un foyer ? A-t-elle une fois fuit son foyer ? Par qui la fille est-elle éduquée ? Comment est la pratique re ligieuse de la famille ? Quels sont les principes de la famille ? Auparavant, c’était cela. C’est pen dant la noce que le couple pouvait se connaitre. Il y avait du respect mutuel. La femme avait du mal à regarder son homme dans les yeux.
Femme 2000 : Oumou Diarra, merci.
Oumou Diarra : C’est moi qui vous remercie. Yacouba Dao et Rokia Tangara