Mali : le scandale silencieux des logements sociaux
Un citadin africain sur deux vit dans un bidonville. Au Mali, la crise du logement prend une tournure dramatique : le déficit dépasse 1,5 million d’unités et près de la moitié des familles urbaines survivent dans l’informel.
Les logements sociaux, présentés comme une solution pour les ménages modestes, se sont révélés un mirage. Leur attribution a rarement profité aux familles vulnérables. Les listes, souvent opaques, ont favorisé des proches du pouvoir, des fonctionnaires aisés ou même des promoteurs qui n’ont pas hésité à revendre ou louer ces maisons censées incarner l’équité sociale. Pendant ce temps, les véritables bénéficiaires restent exclus, condamnés aux quartiers précaires.
À ce scandale s’ajoute la qualité douteuse des constructions. Dans plusieurs cités dites “sociales”, les murs se fissurent quelques mois seulement après la remise des clés. La pluie s’infiltre par les toits et les murs, l’humidité fragilise les fondations, et les acquéreurs se voient contraints d’engager encore plus de dépenses pour réparer un bien déjà payé au prix fort. Ces logements, censés symboliser la dignité retrouvée, se transforment en pièges d’insalubrité et de frustration.
Comme si cela ne suffisait pas, la crise est aggravée par un chaos foncier généralisé. De nombreuses familles, après avoir épargné toute une vie, découvrent que leur terrain a été vendu deux ou trois fois, chacun des acquéreurs disposant de documents “officiels”. Dans ce système corrompu, ce sont toujours les plus riches ou les mieux connectés qui finissent par l’emporter, tandis que les plus modestes perdent tout.
Contrairement aux gouvernements précédents, celui du colonel Assimi Goïta n’a pas lancé de nouveaux programmes de logements sociaux. Mais il a ouvert un chantier d’une autre nature : celui de la lutte contre l’injustice, la corruption et les inégalités qui gangrènent le pays. Car bâtir la justice sociale, c’est aussi bâtir la dignité de chaque citoyen. Or, il ne suffira pas de construire plus demain : il faudra surtout construire mieux et garantir un accès réellement équitable.
Le logement n’est pas un cadeau, c’est un droit. Tant que des familles riches occuperont les places des plus pauvres, tant que les murs continueront de s’effriter sous la pluie et que des terrains seront vendus à plusieurs mains, la crise du logement restera une plaie béante. C’est à nous, citoyens, de réclamer transparence, qualité et justice, afin que le rêve d’un foyer digne ne soit plus un privilège mais une réalité partagée.
Sane