Ce crime odieux n’a laissé personne indifférent. Aicha Diarra, une écrivaine a jugé nécessaire de défendre le droit de l’homme en réunissant des auteurs pour lutter contre une pratique inhumaine. Nous l’avons rencontré à son bureau sur le sujet Ramata Diarra. Suivons l’interview.

Aicha, Bonjour

Bonjour.

Qui est Aicha Diarra ?

Aicha Diarra est une écrivaine. Je suis également  sportive, présidente de l’association voix du Mali. J’évolue dans le domaine de la culture et de l’éducation ainsi que dans la défense des droits de l’homme et nous avons mené beaucoup d’activités dans ce sens. En marge de tout cela, J’évolue aussi dans le domaine de la communication.

Vous avez été à l’initiative du livre collectif en hommage à Ramata Diarra, la fillette albinos assassinée à Fana. Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ?

J’ai été vraiment choquée lorsque j’ai appris la nouvelle. Chaque fois on entend à l’approche des élections qu’un albinos a été tué. Cette fois-ci la différence a été que nous avons vu circuler sur les réseaux sociaux l’image d’une fillette éventrée et décapitée, et après une mère choquée qui sort pour appeler au secours. Là, ça m’a vraiment choquée. Beaucoup d’autres personnes au Mali et à travers le monde ont été aussi choquées. Je me suis dit pourquoi ne pas faire une mobilisation pour la mémoire de la victime. Pour la faire, pour moi l’écrit serait le meilleur moyen pour garder vivante la mémoire de la victime et en même temps pour lutter contre cette pratique inhumaine dans notre pays et à travers le monde.

Vous avez produit un ouvrage collectif. Combien de personnes ont-elles participé à sa rédaction ?

Lorsqu’on a lancé l’appel, plus de 400 personnes ont répondu. Pour des raisons de coûts d’impression et de la qualité du travail des participants, nous avons maintenu les meilleurs écrits. Le nombre était tel que certains membres du comité de pilotage ont laissé la place à d’autres qui voulaient participer.

Pouvez-vous nous dire quelques thèmes spécifiques liés au cas Ramata abordés par les différents auteurs ?

C’est également l’assassinat d’une fillette, l’indignation, la lutte contre la discrimination. C’est aussi faire en sorte que nos voix portent haut et que cette pratique cesse.

Tous les auteurs sont-ils maliens ?

Non, il y a d’autres nationalités. Le Mali a été beaucoup soutenu. Il y a des congolais, des américains, des algériens, des ivoiriens, des gabonais, des marocains, des nigériens, etc. La chasse aux albinos se passe dans d’autres pays africains. C’est aussi une façon pour ces auteurs de dire que dans leurs pays, ça suffit comme ça.

Avez-vous sollicité des fonds aux différents auteurs pour les travaux d’impression et d’édition?

Non. On ne cherche pas de l’argent dans ce projet. Par contre, nous avons sollicité de l’aide à nos ministères et d’autres organismes qui s’intéressent à ces questions. Mais nous n’avons pas eu gain de cause. C’est notre association qui a pris en charge toutes les dépenses d’édition et d’impression. Les participants ont beaucoup fait en s’intéressant et en écrivant, donc on ne peut pas les demander plus que cela.

Pouvez-vous nous énumérez quelques auteurs de ce livre collectif ?

Il y a Amidou Magassa, auteur et éditeur malien ; Oumou Dagnogo, étudiante ; Moussa Mara, ancien premier ministre qui a préfacé le livre, Abdoul Aziz Koné, Slameur. Il y a beaucoup d’autres personnes de différents domaines.

Jusqu’où la famille de la petite Ramata a été impliquée dans ce projet ?

Au début, la famille de Ramata n’a pas été impliquée. On a fait ce projet parce qu’un humain a été tué. Nous avons voulu décharger la famille de Ramata de ce poids et le mettre sur nos dos. On n’avait pas forcément besoin de l’implication de la famille pour rendre hommage à un être humain assassiné. Lorsque le livre a été publié, c’est là que la famille a été informée du projet. On a voulu leur faire une surprise et on y est arrivé. Plus tard, une délégation s’est rendue à Fana pour rencontrer la famille, et là ça été un grand moment d’émotion pour la famille qui était très émue. La surprise a été grande.

Quel est l’objectif à long terme que vous visez avec ce livre ?

L’objectif à long terme que nous visons, et même au-delà de nous, est que ce livre existera et continuera d’exister. Nous prévoyons que ce livre soit distribué particulièrement dans toutes les écoles, parce que l’école c’est le lieu d’apprentissage, c’est l’enfance et c’est à cet âge que l’enfant apprend à intégrer la différence. C’est là où les enfants apprennent à lutter contre la discrimination, à accepter l’autre comme son frère ou sa sœur. Il faut noter que dans certaines écoles les albinos sont discriminés, mis à l’écart.

Avez-vous pris des dispositions pour que ce livre soit distribué dans les écoles ?

Nous avons pris des dispositions, mais sans moyens on ne peut rien faire. Notre intention c’est de multiplier ce livre à plusieurs millions d’exemplaires pour les distribuer gratuitement afin que beaucoup de gens y aient accès. Nous voudrions que le ministère de l’éducation nous appuie par rapport à la distribution, mais malheureusement nous avons envoyé cinq courriers sans réponse. Nous souhaitons que le premier cours de l’année prochaine soit sur l’albinisme. Il faut l’expliquer aux enfants. Dans ce sens, nous produirons des guides pour les enseignants qui pourront l’utiliser comme outils pédagogique. La bonne compréhension de l’albinisme va réduire les discriminations.

Votre mot de fin ?

Pour terminer, on ne peut pas faire évoluer un pays sans la justice. Nos autorités doivent déployer les moyens pour que celui qui a commis cet acte soit arrêté et puni.

Merci

Interview réalisée par Yacouba Dao