C’est vers les années 1966 que Mme Coulibay Alimata Niaré dite «Alima» pour les intimes, a fait son entrée dans le milieu sportif. Elle avait 17 ans. Elle est âgée aujourd’hui de 68 ans. Elle passe son temps à tricoter et marcher. Elle semble classée dans les oubliettes, toute chose qui pourrait décourager des jeunes d’aujourd’hui à se dévouer pour ce domaine difficile pour les dames.
Mme Coulibay Alimata Niaré est l’une des premières femmes à dispenser l’éducation physique en milieu scolaire au Mali. Cette vaillante dame, dans le domaine de l’athlétisme, fut spécialiste du javelot. Alima Niaré fait ainsi partie des femmes pionnières du sport au Mali.
Le sport fut son rêve depuis son jeune âge et elle voulait suivre les traces de son grand-frère, un athlète de haut niveau.
«J’ai aimé le sport grâce à mon grand frère Namakoro Niaré qui était à l’époque ma source d’inspiration. Je le voyais chaque jour partir au stade Modibo Kéïta en tenue de sport pour son entrainement. Il était un champion au lancer poids et au disque. Il était aimé par le grand public », a-t-elle affirmé.
Animée par l’envie de devenir comme lui, puisqu’il était devenu un champion pour i. En ce temps-là, il n’était pas du tout facile pour une femme de pratique pays : « Mais mon champion à moi, je rêvais d’être célèbre comme lui une activité sportive, parce mal perçue par la société», se souvient cette bonne dame.
A l’époque, les contraintes de la société pesaient sur l’éducation de la jeune fille par rapport à certaines activités physiques.
Tenaillée par la peur et l’angoisse d’informer ses parents qui ne la laisseraient jamais pratiquer le sport. Elle se cachait, après l’école, pour s’entraîner au stade Omnisports Modibo Kéïta en compagnie de ses jeunes sœurs. Mais, cette escapade fut de courte durée. Car, ses parents ont découvert qu’elle et ses sœurs arrivaient en retard après l’école. Interdite de poursuivre les entrainements, elle ne recula pour rien au monde pour mettre un terme à son rêve et son amour pour le sport. Après de multiples sanctions, ses sœurs ont fait alba en dévoilant son secret.
En voulant la priver de son rêve et de la sensibiliser à tout prix, les parents d’Alima ont étalé sur un grand plateau toutes les conséquences qu’elle risquait de rencontrer si elle continuait à pratiquer le sport, à savoir ne pas avoir d’enfant ou avoir un corps déformé. Aussi, une vision plus comique des parents était que si elle va courir, c’est surement pour apprendre à voler et le javelot était perçu comme une activité de pêche. Alors, ses parents l’exigèrent à rester à la maison pour apprendre à faire la cuisine comme toute bonne femme au lieu de pratiquer le sport. Mais, l’amour du sport coulait déjà dans ses veines. Elle n’avait qu’un seul souhait : poursuivre sa destinée.
Face à toutes ses difficultés, elle ne recula devant rien et avec le soutien de son frère qui a pu bien convaincre leurs parents sur les multiples avantages de la pratique des activités sportives, qui n’ont aucune conséquence néfaste sur la femme. Convaincus, ils lui donnèrent la chance de poursuivre son grand rêve. Sur ce, son frère Namakoro promit de veiller sur elle à tout moment. C’est ainsi qu’elle continua à pratiquer ses sports préférés qui ne sont autres que le javelot et le disque.
Au moment où elle commençait à fréquenter le stade, il y avait quelques femmes qui venaient elles aussi pour la même raison : le sport. Il s’agit de Fanta Konaté, Fanta Guiro, Tita Barou de Tombouctou et Astan Mariko. Mais, aucune d’elles n’a pu continuer l’aventure jusqu’à la retraite.
Elle poursuivait son entrainement dans le même Club, le COB que son grand frère : «Mon premier entraîneur sur le plan national était Allemand et il m’a beaucoup encouragée», se rappelle Alima.
Dans le domaine de l’athlétisme qui est sa spécialité au plan national, lors des compétitions. Elle s’est toujours classée parmi les trois premières au javelot et au disque face à Fifi Dala Kouyaté, Oumou Sidibé et Fanta Guiro.
Malheureusement, sur le plan international, elle devait partir en Guinée Conakry. Mais, le voyage fut annulé suite au décès de l’ancien président du Ghana N’Kuamé Kruma qui résidait en Guinée.
Elle a commencé a enseigné l’éducation physique et sportive en 1970 à l’école Poudrière de Bamako avec Idrissa Tourédit Nani. Ensuite, elle est mutée de 1972 à 1973 à Hamdallaye Plateau second cycle où elle rencontra Bintou Sanogo, basketteuse et enseignante en EPS.
Elle a aussi enseigné de 1975 à 1976 à l’école de Missira sous la direction de Sama Camara. Vers 1977, elle a été affectée à la direction des sports et de l’éducation physique. Enfin, en 1979, elle débarque à l’Institut national des sports, actuel INJS où, elle prit sa retraite en 2008.
En 1978, lors de la Biennale artistique, culturelle et sportive, avec Sountoura Sissoko, les coréens et les élèves de l’INA, ils ont produit les dessins du tableau phonique à l’époque.
Avec beaucoup de fierté et d’amour, elle signale : «On payait de la nourriture pour les élèves».
Aussi, au moment de la Biennale artistique, culturelle et sportive, qui se tenait dans la région de Mopti, elle assurait la direction des sports à Bamako avec Issoufa Diakité en 1981. Car, tous les chefs étaient partis pour l’occasion.
Voilà une dame très engagée dans son travail puisque de 1992 à 2002, soit dix ans au service de l’Etat sans relâche, elle n’a pas bénéficié de congés.
C’est à travers plusieurs formations dans le domaine du sport de 1970 à 1980 (entraîneur en athlétisme, officielle d’athlétisme, administration de sport, en 1970 juge officiel 1er degré athlètisme, niveau de la Croix-Rouge Malienne de la jeunesse de 1973), dont une spécialisation en dehors du pays, en République démocratique d’Allemagne dans une école de sports, DHFK (Ecole normale supérieure de culture physique) à Leipzig en 1971.
En plus, elle a débarqué à la Fédération malienne d’athlétisme Amateur lors de la 8ème édition de la coupe du secrétariat général de l’UDPM, le 1er Avril 1989, sous la haute présidence de son excellence, le général d’armée Moussa Traoré, secrétaire général de l’UDPM, président de la république. A l’époque M.Bakary Traoré était le ministre des sports, des Arts et de la Culture. Membre du bureau fédéral, Alima était en ce moment la seule femme et occupait le poste de présidente de la commission Féminine.
Trente-six ans au service de l’Etat, ayant perdu tragiquement son mari en 2006 à la suite d’une courte maladie, Alima ne sait plus à quel saint se vouer. Elle survit difficilement après sa retraite. Elle est encore en location à Kalaban Coura ACI.Coulibaly Alimata Niaré devrait savourer une belle vie auprès de ses enfants et petits-enfants.
Hélas ! Alimata est laissée en rade.
Fatoumata COULIBALY