Dans plusieurs villes du pays, des manifestants ont rendu hommage à une trentenaire enceinte, décédée fin septembre. Les protestataires la décrivent comme la première victime de la nouvelle législation anti-avortement en vigueur depuis le début de l’année dans le pays.

 à Varsovie, Cracovie ou encore Gdansk, des femmes et des hommes ont manifesté derrière le slogan «Plus jamais ça» en hommage à Izabel, une femme de 30 ans décédée le 22 septembre dans un hôpital de Pszczyna, une petite ville située dans le sud du pays. Rendues publiques vendredi sur Twitter par l’avocate de la jeune femme, enceinte de vingt-deux semaines au moment des faits, les conditions du drame ont provoqué l’indignation et donné un nouvel élan à la mobilisation pour l’avortement, qui fait l’objet depuis début janvier d’une quasi-interdiction dans le pays.

Mariée depuis dix ans et mère d’une petite fille de 9 ans, Izabel travaillait dans un salon de coiffure. Fin septembre, elle est admise à l’hôpital après une rupture des membranes qui a provoqué la libération du liquide amniotique. Malgré cette situation qui mettait en péril sa santé et alors que le fœtus présentait des malformations, comme l’a confirmé plus tard l’hôpital, les médecins n’ont pas pratiqué d’avortement, de peur d’être poursuivis par la justice. Izabel a succombé à un choc septique, peu après avoir envoyé un SMS alarmant : «Ma fièvre monte. J’espère que je n’aurai pas de septicémie ou que je ne m’en sortirai pas.»

«Les médecins ont peur»

«Au lieu de protéger la vie de la femme, les médecins pensent à sauver le fœtus. C’est l’effet paralysant de la décision du Tribunal constitutionnel qui est responsable de cette situation», attaque dans un communiqué Kamila Ferenc, de l’organisation Federation for Women and Family Planning, qui a entamé en juillet une action en justice pour «traitement inhumain» devant la Cour européenne des droits de l’homme. Chargé des sujets droits des femmes à Amnesty International Pologne, Miko Czerwinski explique à Libération que «les médecins ont peur de pratiquer des avortements en Pologne». «Avec la nouvelle loi, ils hésitent davantage avant de recourir à l’IVG. On pourrait leur demander si la santé de la mère était vraiment en danger, et ils seraient poursuivis. Cela a un effet dissuasif», précise-t-il.

La direction de l’hôpital de Pszczyna s’est défendue en assurant que les médecins avaient fait tout leur possible, avec comme seule préoccupation «la santé et la vie de la patiente et du fœtus». 

Source : Liberté

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