


Madame Habi Bamba: Auteure de “Koulouba la Colline du Pouvoir, Une Histoire d’amour dans un Mali en pleine révolte”.
Femme 2000 : Nous avons l’honneur et le plaisir de recevoir aujourd’hui une femme à la plume magique, avec une conviction d’écrivaine engagée pour la cause de la femme africaine, particulièrement la Femme malienne.
1- Femme 2000 : Bonjour Mme Habi Bamba, avant de commencer cette interview, je vous prie de nous brosser un aperçu sur votre carrière d’écrivain.
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Permettez-moi de vous remercier de m’avoir donné la parole à travers cette interview. Tout d’abord, je tiens à vous exprimer ma gratitude d’avoir pris le temps de lire mon roman : “Koulouba, la colline du pouvoir”. C’est un livre volumineux, il est vrai, avec ses 468 pages, mais il est facile à lire. J’ai ressenti à travers vos questions que les thèmes ont été compris et que la philosophie dégagée par mes personnages vous a plu.
Quant à ma carrière de femme de lettres, elle a débuté avec une passion profonde, voire une fascination, pour les mots. Durant mes années universitaires, j’ai suivi des cours d’écriture créative et de littérature orale. J’ai commencé à écrire des nouvelles et des poèmes, puis j’ai exploré divers genres d’écriture, y compris la rédaction d’articles et de romans. Mes premiers ouvrages ont été publiés pendant cette période. J’ai également réalisé des travaux de recherche, dont mon mémoire et ma thèse de DEA. Ces travaux ont été publiés dans les années 1995-2000. Au fil du temps, j’ai diversifié mes écrits en rédigeant des articles sur des sujets sociaux et culturels pour des magazines en ligne. J’ai également collaboré avec d’autres écrivains sur des projets littéraires, ce qui a enrichi mon expérience et ma vision du monde. Cette phase de ma carrière m’a également permis de partager mon expertise en donnant des conférences sur des sujets tels que la condition des femmes et l’écriture lors de salons du livre, d’ateliers et de tables rondes.
Parallèlement, j’ai travaillé en tant que prête-plume pour d’autres auteurs, élargissant ainsi ma palette d’écriture et explorant différents styles. J’ai également participé à des initiatives de mentorat pour aider les jeunes écrivains à développer leurs compétences et à trouver leur voix. Mon parcours est une aventure diversifiée dans le monde de l’écriture.
Mon expérience en tant que coordinatrice d’ONG internationales, et en diplomatie m’a offert l’opportunité de collaborer avec des femmes de tous horizons, de renforcer mon engagement envers l’autonomisation des femmes, et surtout, d’affiner ma manière d’écrire. Une plume acérée au service de la cause féminine.
En résumé, ma carrière d’écrivain-prête-plume s’est enrichie au fil du temps grâce à des opportunités de collaboration, et d’exploration de différents genres d’écriture.
2. Femme 2000 : Vous êtes une prête-plume, mais je crois que vous venez de signer un livre de votre nom quel effet cela vous fait-il ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Je suis comblée d’avoir vu mon livre publié en tant qu’auteure ! Ce moment occupe une place spéciale dans ma carrière.
Ce livre représente l’expression de mon engagement aux côtés de mon peuple et de mon inébranlable patriotisme. Il était impératif pour moi de le signer de mon propre nom, de donner une voix à mes convictions et de partager cette histoire avec le monde. Cependant, je dois vous avouer que ma vie en tant que prête-plume a parfois pris le dessus, et jusqu’à présent, je n’ai pas consacré tout le temps nécessaire à la promotion de mon roman. Cela dit, je suis un “ghostwriter”, une “prête-plume”, une professionnelle de l’écriture hautement qualifiée que l’on peut engager pour rédiger divers types de contenu, tels que des œuvres littéraires, des articles, des chansons, et bien d’autres, au nom d’une tierce personne moyennant une rémunération. Je suis une prête-plume, un écrivain dont le nom ne figure jamais sur la couverture des livres que j’ai écrits. Car, l’identité de l’auteur véritable reste confidentielle, et l’œuvre finale est généralement attribuée au client ou à la personne qui a commandé le travail. Mes services sont souvent recherchés par des personnalités publiques, des entrepreneurs ou des individus qui possèdent une histoire à raconter, mais qui ne disposent ni des compétences littéraires nécessaires ni du temps pour écrire eux-mêmes.
Mon objectif en tant que ghostwriter est de capturer fidèlement les idées de mes clients et de les transposer dans une œuvre cohérente et authentique. Je m’efforce de rester fidèle à leur voix et à leur vision, tout en offrant un service professionnel d’écriture sur mesure.
Au fil des ans, j’ai prêté ma plume pour écrire près de dix livres pour d’autres personnes. Mon rôle en tant que prête-plume consiste à donner vie aux idées des autres, à transformer leurs concepts en mots imprimés, tout en restant discrète dans l’ombre. Cela va bien au-delà d’une simple occupation pour moi. C’est devenu ma carrière, ma passion. J’adore aider les autres à exprimer leurs pensées, à raconter leurs histoires. En tant que prête-plume, mon travail reste souvent méconnu. Il s’agit d’une contribution silencieuse, mais précieuse à l’industrie littéraire. Je continue à explorer de nouvelles avenues pour partager mes talents avec le monde.
3. Femme 2000 : Le nom SEYDI ZONO n’est pas habituel à rencontrer. Pouvez-vous donner une explication de cette résonance particulière?
Madame Habi Seydi Zono Bamba : “Habi Seydi Zono Bamba” rassemble les noms de mon père, de mon mari et le prénom choisi par ma mère. Une alliance de noms de famille et de prénoms symbolisant ainsi la fusion de deux familles, deux lignées et l’expression de ma propre identité. Habi Seydi Zono Bamba, une appellation qui témoigne de mon attachement à mes racines et à mon héritage familial.
4. Femme 2000 : Aviez-vous la volonté de devenir écrivaine depuis votre enfance?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Non, à dire vrai! Pendant les premières années de ma vie, mon aspiration initiale était plutôt de devenir institutrice. Cette ambition trouvait ses racines dans l’admiration profonde que je vouais à ma maîtresse d’école qui, à mes yeux, détenait le pouvoir de rendre l’apprentissage à la fois captivant et passionnant. Chaque journée passée dans sa classe représentait une aventure stimulante, une fenêtre ouverte sur un monde de découvertes. Son enthousiasme communicatif et son talent pour éveiller l’intérêt de chaque élève étaient des qualités qui exerçaient sur moi une fascination profonde. Sa capacité à susciter la curiosité et à inciter à la réflexion est devenue pour moi un modèle inestimable d’inspiration. Le souvenir de cette enseignante exceptionnelle continue de me guider dans ma quête personnelle d’excellence et d’impact positif, tant en tant que femme de lettres que dans les domaines où j’ai évolué.
5. Femme 2000 : Qu’est-ce qui vous a donné la motivation d’écrire ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba: Ma motivation première pour écrire provient d’un profond besoin d’expression. L’écriture est à la fois un bouclier protecteur et une arme de combat. Elle me permet de briser les chaînes de l’incompréhension, de démolir les murs de la haine et de construire des passerelles et des ponts vers la paix.
Cependant, ma motivation pour écrire peut varier en fonction du moment et du projet. Parfois, je suis animée par le désir ardent de toucher les cœurs et d’éclairer les esprits en abordant des sujets sensibles tels que les défis auxquels les femmes sont confrontées, les inégalités persistantes, les luttes acharnées et les espoirs brisés qui les entourent. D’autres fois, j’écris dans le but de laisser un héritage durable, une empreinte intemporelle de mes pensées et convictions. Mais, au-delà de la reconnaissance ou des lauriers littéraires, ce qui compte le plus pour moi, c’est le sentiment profond d’accomplissement que j’éprouve en utilisant les mots pour changer le destin. Chaque jour, j’écris avec l’ambition d’inspirer l’espoir, de construire un avenir meilleur pour les générations à venir et de contribuer, à ma manière, à un monde plus éclairé et bienveillant.
Pour moi, l’écriture dépasse le simple fait d’extérioriser des mots sur le papier. C’est un voyage intérieur. Ainsi, l’acte d’écrire devient une source d’indépendance et de liberté, une manière de prendre les rênes de ma propre destinée pour donner vie à mes rêves et surmonter les défis qui se dressent sur mon chemin tout au long de ma vie.
Écrire en tant que femme africaine ne se limite pas à une aspiration littéraire. C’est une affirmation audacieuse de mon existence et une contribution vibrante à la mosaïque culturelle du Mali, de l’Afrique et du monde entier. C’est une invitation à adopter une vision du monde plus nuancée, non manichéenne, qui ose s’élever au-dessus des préjugés et des stéréotypes pour proclamer l’universalité des cultures et des civilisations, célébrant ainsi la richesse de la diversité qui nous entoure.
6. Femme 2000 : Les thèmes principaux de ce livre étant la politique, le mysticisme, le voyage, le féminisme et l’amour. Chelsea l’épouse a finalement décidé de quitter son mari Daniel quand elle a su que leur flamme s’était éteinte au fil du temps et que Dounia la nouvelle flamme de Daniel avait pris sa place dans le cœur de ce dernier. Elle s’exprime en ces mots sur la page 389… Je cite : « Car aimer c’est mourir, c’est savoir partir à temps, c’est ce que je fais. À toi Daniel, cette prière simple de Saint-François d’Assise que nous récitions souvent ensemble ( un tableau encadré que Dounia t’avait offert en cadeau, pour te dire que je pars sans rancune.“Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. Là où il y a de la haine, que je mette l’amour. Là où il y a l’offense, que je mette le pardon. Là où il y a la discorde, que je mette l’union. Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité. Là où il y a le doute, que je mette la foi. Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière. Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer, car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie”.
Cette expression est-elle la définition incontournable de l’Amour ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Saint François d’Assise était connu pour sa profonde spiritualité et son amour de la nature, d’ailleurs, je le compare aux saints hommes : Amadou Soudou enterré à Diabaly et Cheickou Sallah de Bandiagara, des érudits qui ont brillé par leur sagesse. Sa prière est un appel à l’action, nous encourageant à être des agents de paix, de compréhension et d’amour dans un monde souvent marqué par la haine et la discorde. Elle rappelle l’importance de la compassion, du pardon et de la recherche de la réconciliation, des valeurs qui sont au cœur de l’enseignement de Saint-François et de l’ordre franciscain qu’il a fondé. Nous retrouvons les mêmes valeurs dans la culture malienne qui doivent nous inspirer dans notre quête de paix intérieure et de paix dans le monde.
Le saint homme a magnifiquement décrit l’amour véritable, pur et la paix en ces termes. De même que Rumi, Khalil Gibran. On retrouve les mêmes tendances dans les récits de Shams de Tabriz, Hampaté Bah, Safiatou bah Dicko, Fatoumata Keita et la plupart des auteures de notre Réseau.
Il est essentiel d’apprendre à laisser de l’espace sans jugement, tout en préservant les belles images de l’autre. Lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre ; il nous incombe d’être attentifs et capables de discerner cette nouvelle porte qui s’est ouverte. C’est ainsi que Chelsea, l’épouse dévouée de Daniel, prend la décision déchirante de quitter son mari lorsqu’elle réalise que leur flamme s’est éteinte au fil du temps. Elle laisse sa place à Dounia, la nouvelle passion de son mari. À travers les sentiments profonds de Chelsea, le lecteur est confronté à une exploration bouleversante des différentes facettes de l’amour. Le courage de savoir partir quand l’amour s’éteint. La force de pardonner et de souhaiter le bonheur de l’être aimé, même lorsqu’il trouve une nouvelle flamme.
Pour Dounia, l’amour véritable est intrinsèquement lié à l’éthique et à la philosophie du bien. Elle croit fermement que l’amour ne peut exister sans la considération éthique et le respect des autres. L’amour égoïste, qui bafoue les droits et le bonheur d’autrui, n’est pas un véritable amour à ses yeux.
Par le biais de ces deux personnages Chelsea et Dounia, je tente de mettre en lumière cette vision profonde de l’amour, qui va au-delà de la sexualité, ou de simples émotions, mais qui s’enracine dans l’éthique, et la durée. C’est un appel à une forme d’amour altruiste qui prend en compte le bien-être de l’autre et qui est en harmonie avec les valeurs fondamentales de la vie. Les femmes ne doivent pas tomber dans les pièges des machiavéliques qui les montent les unes contre les autres.
L’amour vrai commence par l’estime de soi. Il révèle notre personnalité et nous octroie une nouvelle identité. Aimer, c’est renaître. C’est pourquoi l’héroïne dit que Daniel lui a donné un nouvel acte de naissance.
Quant aux thèmes centraux, tout d’abord, le mysticisme : il imprègne chaque parcelle de cette histoire. Chaque élément, chaque relation sont pénétrés d’un sens caché, codifié, invitant le lecteur à plonger dans les profondeurs de l’âme humaine. L’amour sans connexion profonde est fade, dépourvu d’alchimie et de magie. C’est le mystère qui fait l’alchimie, la magie des sentiments. L’amour lui-même se révèle comme une béatitude, bien au-delà de la simple expression de la sexualité. Il devient une union, une communion de deux âmes sœurs. Il s’agit d’une dimension si profonde de l’amour qu’une simple pensée de l’un pour l’autre déclenche un processus extraordinaire de communion.
Ensuite, la politique s’entremêle habilement dans le récit, reflétant l’avenir de la démocratie au Mali. L’école malienne se profile en toile de fond, représentant l’espoir et les aspirations du peuple. Les luttes des partis politiques s’animent, dépeignant une société en mouvement, une société qui a une âme vibrante au rythme des élections et des débats. Les femmes, quant à elles, occupent une place centrale dans cette trame politique. Les questions de l’émergence des femmes en politique et de la candidature de la première femme aux élections présidentielles contre un général de l’armée. Le comportement des femmes maliennes envers cette candidature… Les sous-thèmes de la polygamie, de l’excision, de la soumission, de l’autonomie et du féminisme, offrent une réflexion profonde sur leur rôle et leur lutte au sein de la société malienne.
Enfin, le voyage est une constante dans cette épopée littéraire. La migration, tant physique qu’intérieure, façonne les destins des personnages, les confrontant à des choix déterminants. Chaque voyage est un chemin initiatique, où se mêlent la découverte de soi, la recherche d’un ailleurs et les défis à relever. Dans ce tableau, je dépeins les mouvements migratoires des Toukaranké, c’est-à-dire les émigrés de Kayes à Bamako vers les l’occident. Au risque de mourir de soif dans le désert du Sahara ou de se nouer l’océan Atlantique. Les rébellions grondent, menaçant les acquis de la démocratisation, la jeunesse gronde, traduisant leur désir ardent de changer le cours du destin, de se libérer des chaînes qui entravent les existences.
Ainsi, le voyage, l’amour, le mysticisme et la politique tissent ensemble les fils de ce roman captivant. Chaque thème s’entrelace subtilement, créant une toile narrative riche et profonde, une invitation à la réflexion sur les aspirations du peuple malien, les luttes et les espoirs qui transcendent les frontières et les époques. En parcourant ces pages, le lecteur est emporté dans un voyage époustouflant, une exploration des passions de l’âme et des questionnements qui habitent le cœur de chaque être humain.
7. Femme 2000: Votre héroïne Dounia la Sahélienne, en qui je me retrouve sur plusieurs points philosophiques, est l’incarnation du féminisme à tel point qu’elle défend les intérêts de sa rivale, l’épouse de Daniel. Une femme juste, avec un cœur d’or qui craint Dieu à tel point qu’elle refuse la demande de ce dernier en mariage pour ne pas bâtir son bonheur sur le malheur des autres. Auriez-vous adopté la même posture dans les mêmes circonstances? Est-ce votre philosophie à travers Dounia?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Tout d’abord, je tiens à souligner que tous les personnages féminins de ce roman ont des histoires d’amour trépidantes. Elles ont connu des hauts et surtout des bas, mais cela n’a pas empêché ces femmes d’avoir une activité génératrice de revenus. En effet, l’autonomisation et l’indépendance financière sont libératrices pour les femmes. Le travail est le premier amour d’une femme, car c’est grâce au travail qu’elle accède au monde. Être une femme n’est pas une tare ; c’est la manière dont on exploite cette féminité qui peut en faire une. Dounia, la Sahélienne, incarne une héroïne inspirante dont l’histoire résonne en moi à de nombreux égards, surtout sur le plan philosophique. Elle représente un féminisme éclairé, plaçant les intérêts des femmes avec un grand “F” au premier plan. Elle transcende les contraintes sociales et les aspirations féminines superficielles pour défendre les droits et le bonheur de toutes les femmes, y compris ceux de l’épouse de Daniel, sa rivale. Dounia a même refusé une demande en mariage, préférant ne pas fonder son bonheur sur le malheur d’autrui. L’amour de Daniel pour Dounia était si profond qu’il était prêt à divorcer de sa première femme pour être avec elle.
Face à cette situation délicate, je me pose la question : aurais-je adopté la même posture que Dounia dans les mêmes circonstances ? Sa philosophie et sa sagesse sont admirables, et elles soulèvent des questions profondes sur la notion de féminisme et d’éthique. En tant que romancière, je m’efforce de créer des personnages authentiques et complexes, et Dounia est un exemple éloquent de la femme forte, éclairée, engagée et spirituelle.
À travers Dounia, je cherche à transmettre un message sur le féminisme réfléchi, qui dépasse les stéréotypes et les rivalités. Le personnage de Dounia nous enseigne que les femmes peuvent s’épanouir et s’élever ensemble, plutôt que de laisser exploiter ou se détruire dans des conflits futiles. À travers ce rôle, je fais un plaidoyer pour l’unité et la solidarité entre femmes.
Enfin, Dounia est une voix qui nous rappelle que la foi peut guider nos actions et nos choix. Sa relation avec Dieu influence ses décisions et ses actes, et elle s’efforce d’agir en accord avec ses convictions religieuses. C’est une facette importante de son personnage qui nous pousse à réfléchir sur le rôle de la spiritualité dans nos vies et dans nos prises de décision. À travers elle, j’espère partager un message d’unité, de sororité et d’amour éclairé qui résonne avec les lecteurs et qui les invite à réfléchir sur certaines pratiques injustes envers les femmes. Car c’est dans cette réflexion profonde que réside le potentiel de transformation, d’émancipation et de progression vers un monde meilleur.
8. Femme 2000 : Vous dites que cette histoire est tirée de faits réels, d’anecdotes personnelles ? Y a-t-il des faits imaginaires comme la rencontre de Dounia la Sahélienne, votre héroïsme avec Al Farouk, le justicier, le protecteur, le véridique, le chevalier blanc de Tombouctou?
Mme Habi Bamba Seydi Zono: Le livre comporte une part importante de fiction, comme c’est généralement le cas dans les œuvres romanesques. Bien que l’histoire s’inspire de faits réels, elle intègre également des éléments imaginaires pour enrichir le récit. Par exemple, la rencontre avec “Dounia la Sahélienne” et l’histoire d’Al Farouk, le chevalier blanc de Tombouctou, sont des éléments fictifs qui ajoutent une dimension supplémentaire à l’histoire. Cette scène m’a été inspirée lors de mon passage à Tombouctou, lors d’une conférence des Nations Unies que le Mali a accueillie avec hospitalité, souhaitant ainsi faire découvrir la mystérieuse Tombouctou aux agents de l’ONU et aux Sud-Africains. Je faisais partie de la délégation dirigée par feu l’Ambassadeur Samba Daga. Nous avons visité les rues célèbres, le musée Ahmed Baba et les différentes mosquées. Notre visite s’est terminée au pied d’une gigantesque dune où les communautés songhaï, touareg, maures et d’autres nous ont accueillis avec des chants, des danses, un méchoui impressionnant, et des breuvages dignes de cette partie du Mali. Mon imagination, secouée par cette expérience, a malaxé ces éléments. L’histoire d’Al Farouk, le justicier, le sauveur, est bien connue au nord et nourrit l’imaginaire des populations. Je me suis dit qu’en l’incluant dans la trame, elle pourrait captiver l’attention du lecteur et créer une intrigue plus complexe et intéressante. Cependant, il est important de souligner que le livre est fondé sur des faits réels et des anecdotes personnelles, même s’il intègre une part significative de fiction. »
9. Femme 2000 : Aviez-vous improvisé certaines histoires au fil du récit ou connaissez-vous la déjà la fin de l’histoire avant de l’écrire ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Écrire, c’est un peu comme jouer du jazz ou du blues. C’est une improvisation maîtrisée. Il y a des moments où les personnages prennent vie dans mon esprit avec leurs propres idées et leurs propres histoires. J’ai une muse tenace, une source d’inspiration intérieure qui peut se manifester à n’importe quel moment, même au milieu de la nuit. Il m’est alors impératif de saisir rapidement ces idées et ces récits avant qu’ils ne s’estompent. Parfois, cette inspiration arrive de manière désordonnée, comme si les pièces d’un puzzle étaient éparpillées dans mon esprit. Il m’arrive de devoir rassembler ces fragments, de les ordonner et de les relier pour créer une histoire cohérente. Cela peut être un processus complexe, mais c’est aussi l’un des aspects les plus fascinants de l’écriture. C’est comme si j’étais un instrument de musique et que je devais improviser une mélodie à partir des notes qui me sont données. Ainsi, bien que je puisse avoir une idée générale de la direction que prendra l’histoire, il y a toujours une part d’improvisation dans mon processus d’écriture, et de création. C’est cette spontanéité qui rend chaque projet unique et captivant, à la fois pour moi en tant qu’auteur et pour les lecteurs qui découvrent l’histoire au fil des pages.
10. Femme 2000 : Comment êtes — vous parvenu à mettre ce titre en place ? Avez-vous d’autres titres en gestation ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Le titre de mon livre, « Koulouba, la colline du pouvoir : Une histoire d’amour dans un Mali en pleine révolte », évoque l’atmosphère dans laquelle se déroule mon récit. Lorsque j’ai commencé à rédiger ce livre, le Mali vivait sa deuxième décennie de démocratie, et l’esprit de coopération entre la colline du Savoir et la colline du Pouvoir était palpable. Cette harmonie s’étendait même jusqu’à la Vallée de l’Ignorance, qui était entraînée dans leur ascension vers le progrès. Les femmes s’émancipaient, la presse était libérée et la jeunesse studieuse était épanouie. Cependant, tout a basculé de manière inattendue. Avant même que je ne termine l’écriture de mon livre, le pays a été secoué par la rébellion au nord, des troubles au centre et le putsch au sud. La révolte était déclarée, et la Vallée de l’ignorance s’est alliée à d’autres régions similaires pour prendre le dessus sur les deux collines, entraînant un bouleversement sans précédent. Bien que cette tentative ait échoué, le désordre était installé. C’est dans ce contexte tumultueux que se déroule mon récit, une histoire d’amour entre une femme du nord et un homme du sud. Les personnages principaux sont confrontés aux défis et aux dangers de cette période de révolte. Le titre de mon livre reflète donc à la fois l’importance du pouvoir politique symbolisé par la colline de Koulouba, ainsi que l’amour qui se développe entre les protagonistes malgré les circonstances difficiles.
En choisissant ce titre, j’ai voulu capturer l’essence même de l’histoire que je raconte, en mettant en avant les enjeux politiques et sociaux du Mali en pleine révolte, tout en mettant en lumière l’aspect humain et émotionnel de l’histoire d’amour qui se déroule en parallèle.
Quant à la question de projets de sortie de nouveaux livres, je répondrai par l’affirmatif. Car, je viens de terminer la rédaction de la biographie d’un ancien général de l’armée.C’était une plongée profonde dans son parcours de vie, ses triomphes et ses défis. J’ai également récemment achevé l’écriture d’un roman de fantasy urbaine qui met en scène une héroïne dotée de super pouvoirs. Le récit est rempli de suspenses, de rebondissements et surtout, imprégné de la riche culture africaine. Les mythes et les civilisations convergent en une synergie captivante, créant un univers totalement unique.
En plus de tout cela, j’ai un trésor de poèmes qui attend d’être partagé avec le monde. Et pour couronner le tout, j’écris des chansons pour des musiciens, donnant une voix à leurs mélodies.
11. Femme 2000 : Avez-vous d’autres exaltations que l’écriture ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Oui, bien sûr ! Certes, je suis une passionnée, une femme de lettres. Cependant, ma vie ne se limite pas à l’écriture. Lorsqu’on me demande s’il y a d’autres passions qui animent mon existence, je réponds toujours avec enthousiasme : ma première passion est la lecture. Chaque livre que je touche est une invitation à un voyage vers un monde inconnu. Les romans, les essais, les poèmes — tout m’attire. La lecture nourrit mon esprit, ouvre de nouvelles perspectives et inspire mes propres écrits.
Ensuite, il y a la méditation. Chaque matin, je trouve un moment de tranquillité, m’assois en silence et me laisse emporter par la paix intérieure. La méditation m’apporte la clarté mentale dont j’ai besoin pour donner naissance à mes histoires les plus profondes et réfléchies.
Le sport occupe également une place importante dans ma vie. La sensation de l’effort physique nourrit aussi mon esprit, libérant des endorphines qui stimulent ma créativité.
La politique est une autre de mes passions. Je crois en l’importance de la participation civique pour provoquer le changement. Mon implication dans la politique locale me tient informée des enjeux socioéconomiques de ma communauté, ce qui enrichit mon écriture en lui donnant une profondeur et une pertinence particulières.
Enfin, il y a le travail bénévole. Je consacre une partie de mon temps à aider ceux qui en ont besoin. Mon engagement auprès d’organisations caritatives me permet de partager mon temps et mon énergie pour des causes qui me tiennent à cœur. Chaque expérience de bénévolat est une occasion d’apprentissage, de rencontres avec des personnes extraordinaires, et d’inspiration pour écrire sur la bonté et la solidarité humaine.
La danse, le chant, organiser des soirées de poésie et de musique avec des amis et la famille.
Ainsi, ma vie est tissée de passions diverses. Chacune de ces activités enrichit mon existence et nourrit mon talent d’écrivain. Je crois que pour écrire avec profondeur et compassion, il faut savoir écouter son environnement, connaitre une vie riche en expériences, et c’est précisément ce que je m’efforce de faire chaque jour.
12. Femme 2000 : Quels sont les bons et les mauvais côtés du métier d’ écrivain ? …
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Les bons côtés du métier d’écrivain c’est d’abord l’exaltation de la liberté créative qui permet de donner vie à des mondes imaginaires, des personnages complexes et raconter des histoires captivantes qui transportent les lecteurs dans des aventures inoubliables. Les mots peuvent avoir un impact profond sur les gens et la société. Chaque roman publié est une victoire, chaque nouvelle histoire est une opportunité de grandir en tant qu’écrivain. Car pour moi, l’art de l’écriture est plus qu’une simple profession, c’est une énergie qui donne un sens à ma vie. Un autre atout du métier, c’est la reconnaissance, la célébrité, et tous les avantages financiers qui vont avec.
Quant aux inconvénients, il y a l’incompréhension des conjoints, des amis, généralement, et de la famille, étant donné que les revenus sont irréguliers, et parfois, il est difficile de joindre les deux bouts. Le métier d’écrivain peut être solitaire, et je passe de longues heures seule à mon bureau, cherchant l’inspiration et perfectionnant mon art. Malgré tous ces défis, il faut persévérer. Je fais une écriture de résilience, et de combat, elle forge mon caractère.
13. Femme 2000 : Quels sont les moments et les endroits propices pour vous pour écrire ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Le soir est le moment idéal pour écrire. C’est pendant ces heures calmes que mon esprit s’éclaircit, que les distractions de la journée s’estompent et que je peux me plonger profondément dans mon travail d’écriture. C’est comme si la nuit dévoilait une toile d’idées et d’inspiration qui ne se révèle que lorsque le monde extérieur se tait. Quant à l’endroit où j’écris, ma bibliothèque personnelle est un lieu riche en connaissances et en histoires, ce qui la rend naturellement propice à l’écriture. Mais mon endroit préféré, sans aucun doute, est mon dressing. C’est un coin tranquille de ma maison, où je peux m’asseoir confortablement, entourée de vêtements, de chaussures, de sacs, et de ma machine à café. C’est un espace personnel, un sanctuaire de créativité, où je sais que personne ne viendrait me déranger. Lorsque je m’installe dans mon dressing, je me sens en harmonie avec moi-même et avec l’univers des mots que je crée. L’atmosphère intime et paisible de cet endroit me permet de me connecter profondément avec mes pensées et mes émotions, et cela se reflète dans mon écriture. Je peux laisser libre cours à mon imagination, donner vie à des personnages et à des mondes, et explorer des thèmes qui me passionnent.
Bien sûr, chacun a ses propres préférences en matière d’endroits et de moments pour écrire, et c’est cela qui rend l’écriture si personnelle et unique pour chaque écrivain. Pour moi, écrire tard le soir dans mon dressing est une expérience à la fois apaisante et stimulante, et je suis reconnaissante de pouvoir y trouver l’inspiration pour mes projets d’écriture.
14. Femme 2000 : Combien de temps consacrez-vous à l’écriture ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Je consacre énormément de temps à l’écriture, environ un tiers de ma journée. C’est un engagement significatif, mais c’est nécessaire pour donner vie à mes idées et à mes projets littéraires.
En ce qui concerne l’outil que j’utilise pour écrire, je travaille principalement sur un ordinateur. Cependant, il m’arrive parfois de commencer mes idées sur papier, en utilisant un cahier ou un carnet. Écrire à la main peut avoir un aspect plus personnel, ce qui peut être utile pour développer certaines idées. Le processus de rédaction manuelle offre une certaine intimité et une connexion plus profonde avec mes idées. Il semble que l’encre sur le papier exprime mieux mes pensées. Ensuite, je saisis souvent ces notes manuscrites sur mon ordinateur pour les développer davantage.
Quant au téléphone portable, je l’utilise généralement pour prendre des notes rapides lorsque l’inspiration me frappe en dehors de mon espace d’écriture habituel. Mon téléphone portable est un outil pratique pour capturer des idées fugaces, des citations ou des éléments de l’intrigue, que je peux ensuite intégrer dans mon travail principal sur l’ordinateur. Je fais aussi beaucoup d’enregistrements avec le téléphone, en utilisant le dictaphone.
15. Femme 2000 : Quel est votre auteur préféré ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Amadou Hampaté Bah, ses livres sont de mines d’or d’informations et d’inspiration, Cheick Hamidou Kane, l’auteur de l’aventure ambiguë. Amadou Kourouma, Le Soleil des Indépendances,
Stephen King, Barak Obama, Dan Brown, BarbaraChase-Riboud, j’ai vraiment aimé La Virginienne, Maya Angelou, Toni Morrison, J. Rawling, Adam Bah Konaré, j’ai adoré son roman « Quand L’Ail se frotte à l’encens »,Tierno Monémembo, Le Roi de Kahel est un chef-d’œuvre, ?
]Chimamanda Ngozi Adichie, j’ai aimé Americana, Leila Slimani, Ken Bugul, Serge Bilé et les auteures de notre Réseau.
16. Femme 2000 : Votre livre a — t-il eu du succès ? Combien d’exemplaires vendus ? Avez-vous présenté votre livre dans un concours littéraire ? Croyez-vous qu’il a un impact sur la société malienne ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : En ce qui concerne le succès de mon roman, il est difficile de quantifier précisément le nombre d’exemplaires vendus, car cela varie avec le temps. Cependant, je suis heureuse de constater qu’il a été bien accueilli par les lecteurs et a reçu des retours positifs. En ce qui concerne les concours littéraires, je n’ai pas encore eu l’occasion de présenter mon livre, mais c’est quelque chose que je prends au sérieux pour l’avenir. Cependant, certains livres que j’ai écrits en tant que prête-plume ont remporté des prix. Mon roman et tous les livres de ce genre peuvent impacter positivement la société malienne lorsqu’ils sont lus et compris par les lecteurs engagés. Les livres ont le pouvoir de sensibiliser, d’éduquer et de stimuler la réflexion, ce qui peut contribuer à des changements sociaux et culturels. Mon espoir est que mon livre, tout comme d’autres œuvres littéraires, puisse contribuer à susciter de l’espoir, à éveiller les consciences et à promouvoir une meilleure compréhension de l’environnement et des individus au sein de la société malienne. Cependant, il est important de noter que l’impact d’un livre peut être subtil et progressif, et il peut ne pas être immédiatement perceptible. Il repose souvent sur la manière dont les lecteurs réfléchissent aux idées présentées et sur la façon dont ces idées se diffusent dans la société au fil du temps.
Mon livre est une sorte d’encyclopédie sur l’évolution de la société malienne, couvrant des périodes allant de Kaya Makan à Mansa Moussa, en passant par le Mali des indépendances, l’avènement de la démocratie, le multipartisme, le Mali des coups d’État, le Mali des talents, le Mali des mystères et des confréries, etc. Tous ces évènements ont eu un impact sur la marche de ce beau pays. Le peuple en a tiré des leçons. Le pays a parfois trébuché mais sa population est restée digne et a su rester debout. Tout cela est raconté à travers une belle histoire d’amour pure entre une jeune femme et l’homme le plus puissant de la République après le président. Je suis convaincue que tous ceux qui ont lu le livre ont été touchés par les personnages et se sont sentis concernés par l’intrigue.
Je profite également de l’occasion pour saluer l’ancien ministre et ambassadeur Gaoussou Drabo, qui m’a aidée à perfectionner ma plume de la meilleure manière possible. Je remercie SEM Aly Coulibaly, ambassadeur du Mali en Italie pour son engagement pour la promotion de la culture malienne.
17. Femme 2000 : Où avez-vous trouvé votre inspiration même si vous expliquez que c’est une connaissance qui a vécu les événements ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Mon inspiration en tant qu’écrivain est une force, une énergie à la fois. Elle émane de multiples sources, toutes uniques et imprévisibles. C’est comme si je naviguais sur un océan infini de mots, cherchant constamment la prochaine vague d’inspiration pour me porter vers de nouveaux rivages. Tout d’abord, il y a mes expériences personnelles. Les souvenirs de voyages, de rencontres, de moments de joie et de tristesse sont des trésors d’inspiration. Ils me fournissent des émotions réelles à transmettre dans mes écrits, une authenticité qui résonne avec les lecteurs. Ensuite, il y a l’observation du monde qui m’entoure. Je suis un spectateur attentif de la vie quotidienne, capturant les détails subtils et les nuances de la société. Chaque interaction, chaque visage inconnu, chaque histoire entendue dans un café devient une pépite d’inspiration potentielle. La lecture et la recherche sont mes alliées constantes. Les livres, les articles, les documents historiques et les témoignages d’autres écrivains sont autant de puits de connaissances que je puise pour enrichir mes récits. Ces mots des autres sont comme des pierres précieuses que j’incorpore à mes propres créations.
L’histoire et la culture sont des terrains de jeu infinis. Elles me permettent de plonger dans des époques passées, de découvrir des traditions oubliées et de donner vie à des mondes anciens. C’est comme si je voyageais dans le temps à travers mes mots.
Mon imagination est ma compagne de tous les jours. Elle m’emmène au-delà des limites de la réalité, dans des mondes fantastiques et des scénarios inédits. Elle me pousse à explorer des idées et des concepts qui défient la logique et la gravité.
Les émotions sont mes guides. La joie, la tristesse, la colère, l’excitation — elles dictent le rythme de mes histoires. Ce sont elles qui rendent mes personnages vivants, leurs dilemmes réels et leurs triomphes gratifiants. Enfin, la réflexion et l’introspection me poussent à explorer les questions profondes de la vie. Je cherche à comprendre les mystères de l’existence, à défier les conventions et à susciter la réflexion chez mes lecteurs.
Ainsi, en tant qu’écrivain, je suis une sorte d’exploratrice de mon propre monde intérieur et du vaste monde qui m’entoure. Mon inspiration est comme une boussole qui me guide à travers les méandres de l’écriture, me rappelant que l’art d’écrire est un voyage sans fin, toujours alimenté par la curiosité et la créativité.
18. Femme 2000 : Combien de temps ça vous a pris à écrire ce livre ?
Mme Habi Seydi Zono Bamba : Il m’a fallu sept années pour donner vie à ce livre, en hommage aux sept régions du Mali, aux sept siècles d’attente de Tombouctou, aux sept obélisques, aux sept têtes du serpent sacré des Soninkés, appelé Sabaminignamba, aux sept gisements aurifères, aux sept cieux, aux sept jours dans une semaine, sept couleurs dans l’arc-en-ciel, sept notes de musique dans une échelle diatonique, et aux sept karmas. Pendant ces années d’écriture, j’ai été guidée par la magie du chiffre sept, source d’inspiration et de mystère. Chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre a été méticuleusement tissé, tels les fils d’un tapis de légendes et de symboles. J’ai puisé dans l’histoire ancienne, les traditions, les mythes et les croyances pour créer un récit profond en significations et en richesses. Le chiffre sept se déploie dans ce livre, tissant une trame invisible qui relie chaque élément, chaque personnage et chaque instant d’une manière singulière. C’est comme si le destin lui-même avait choisi la durée de sept années pour mener à bien ce voyage littéraire, rendant hommage à la mémoire des générations passées. Chaque jour consacré à l’écriture a été un voyage dans le temps, un pèlerinage dans les méandres du savoir et de la sagesse de la culture malienne. J’ai ressenti les échos des siècles passés, les murmures des ancêtres, transmettant leurs voix à travers les mots de ce livre. Ces sept années d’écriture ont constitué à la fois un défi et une bénédiction. Chaque moment de doute, chaque période d’incertitude, a été surmonté par la conviction profonde que ce récit devait être partagé avec le monde. J’ai traversé des déserts d’inspiration, et des oasis de créativité, naviguant entre les gratte-ciels de Manhattan (une partie du livre a été écrite lors de mon séjour à Roosevelt Island à New York, à Montréal, à Rome au pied du Colisée, sur la Viale Triomphale du Vatican, à Pise, à Venise, à Naples près du Vésuve, à Capri, à la ville d’Assise, en Inde, au Ghana, etc.). Les collines du savoir, du pouvoir et la vallée de l’ignorance de Bamako ont servi de théâtre pour l’écriture de ce roman. Tous ces lieux témoignent des hauts et des bas de cette aventure littéraire. Après ces sept années intenses, j’observe avec émotion le fruit de mon labeur. Ce livre, porteur de symboles et de significations, témoigne de mon engagement envers la littérature et la culture riche et diversifiée du Mali.
Puissent les lecteurs découvrir cette œuvre, se laissant emporter dans un voyage captivant à travers les mystères de Tombouctou, ceux des Balanzan de Ségou, le microcosme politique de Bamako, les vastes contrées du Mali, et la magie du chiffre sept.Que cette œuvre rende hommage à la beauté de la littérature et à la force des femmes. Que chaque chapitre soit une ode à la résilience, à la persévérance et à la détermination des femmes. Que chaque ligne soit une invitation à remettre en question l’injustice, à défier les préjugés et à ouvrir de nouvelles voies. Que chaque mot soit un cri de liberté, un appel à l’action et un rappel de la force intérieure qui réside en chacune d’entre nous. Que cette histoire inspire les femmes du monde entier à se lever, à se soutenir mutuellement. Que chaque lecteur, homme ou femme, soit touché par son message et se sente investi d’une responsabilité de faire une différence.
Je reverse une partie des bénéfices de la ventepour soutenir des associations qui œuvrent pour le bien-être des femmes. Ensemble, chaque geste compte. Rejoignez la lutte pour un monde plus égalitaire.
19. Femme 2000 : La publication a-t-elle été facile ?
Mme Habi Bamba Seydi Zono : Les défis de l’édition sont particulièrement ardus, surtout pour une femme africaine comme moi. Les maisons d’édition sont souvent très sélectives, ce qui rend les obstacles encore plus nombreux. D’un point de vue financier, j’ai dû me tourner vers l’auto-édition, ce qui a été un véritable défi compte tenu du nombre élevé de pages de mon livre, soit 468 au total. Cela s’est avéré extrêmement coûteux. De plus, le prix de vente initial du livre était assez élevé, fixé à 39 euros. Mon objectif est de proposer une version subventionnée à un prix plus abordable, afin qu’elle puisse être accessible à toutes les personnes, en particulier celles issues de la communauté africaine.
20. Femme 2000 : Votre mot de la fin.
Mme Habi Bamba Seydi Zono : En guise de conclusion, je tiens à souligner l’importance cruciale de l’éducation. Pour moi, l’éducation n’est pas simplement une solution, mais le fondement même de tout progrès, de toute réussite et de tout développement humain. L’éducation est une passerelle vers un avenir meilleur. Elle éclaire les esprits, ouvre des horizons insoupçonnés et libère le potentiel de chaque individu. C’est un puissant levier qui brise les chaînes de l’ignorance et de la précarité. Elle est le catalyseur du changement, la clé qui ouvre la porte des opportunités.
L’éducation ne se limite pas à l’acquisition de connaissances académiques, mais englobe également la construction du caractère, l’épanouissement personnel et la capacité à faire face aux défis de la vie. Elle cultive la curiosité intellectuelle, stimule la créativité et nourrit l’esprit critique. C’est un voyage sans fin à la découverte de soi et du monde qui nous entoure.
Dans un monde en constante évolution, l’éducation est essentielle pour s’adapter et prospérer. Elle prépare les individus à affronter les changements, à embrasser les nouvelles technologies et à contribuer activement à la société. Elle constitue le socle sur lequel se construisent les compétences nécessaires pour relever les défis de demain.
L’éducation est également une arme puissante contre l’intolérance, la discrimination et l’injustice. Elle promeut l’égalité des chances, l’inclusion sociale et la diversité. Elle est une force d’émancipation qui permet à chacun de réaliser ses aspirations, quels que soient son origine sociale, son genre ou son statut.
Enfin, l’éducation représente un investissement à long terme pour la société. Des individus éduqués et éclairés deviennent des citoyens responsables, des acteurs du changement et des piliers de la démocratie. Ils contribuent au développement économique, social et culturel de leur pays et deviennent des ambassadeurs de la paix et du progrès dans le monde.
Ainsi, je suis profondément convaincue que l’éducation est la clé pour construire un monde meilleur. C’est un engagement collectif qui nécessite la participation de tous : gouvernements, institutions, enseignants, parents et élèves. Ensemble, nous pouvons façonner un avenir où l’éducation est accessible à tous, de qualité, pertinente et inclusive.
Alors, que chacun de nous contribue, à son échelle, à faire de l’éducation une priorité, à soutenir les initiatives éducatives et à inspirer les générations futures à apprendre, à rêver et à réaliser leur plein potentiel. Car c’est dans l’éducation que réside l’espoir d’un monde plus éclairé, plus égalitaire et plus prospère pour tous. L’éducation est la pierre angulaire de tout !
Je remercie Femme 2000, ma consœur et la talentueuse femme de lettres Henriette Samaké, de m’avoir donné la parole.
Habi Bamba.
Écrivain, Prête-plume.
Sociolinguiste.