De la lutte pour les indépendances à la bataille pour l’égalité, retour sur le parcours d’une organisation pionnière dédiée aux droits des femmes africaines.
Elles ont marché dans l’ombre des grandes luttes africaines, mais leur engagement a façonné l’histoire. L’Organisation Panafricaine de la Femme, née en 1962, a su transformer la colère en combat, la parole en pouvoir, et la solidarité en force politique. Ce portrait retrace son héritage, ses combats, et les voix féminines qui, hier comme aujourd’hui, refusent le silence.
Un combat continental au féminin
L’histoire de l’Afrique ne peut être racontée sans souligner le rôle central qu’ont joué les femmes. Elles ont été mères, résistantes, éducatrices, militantes, et surtout actrices de changement. Pourtant, leur implication est souvent restée dans l’ombre mais en 1962, un vent nouveau souffle sur le continent. L’Organisation Panafricaine de la Femme (OPF) est créée à Dar es-Salaam, en Tanzanie, pour rassembler, défendre et promouvoir les droits des femmes africaines à travers une seule et même voix.
Une naissance au cœur des luttes de libération
L’OPF naît donc en 1962, en pleine vague d’indépendances africaines. Le contexte est tendu, car la colonisation laisse derrière elle des inégalités profondes et dans cette effervescence politique, les femmes refusent de rester en retrait. Elles veulent participer aux décisions, contribuer aux transformations et prendre leur place dans l’histoire.
Dès sa création, l’OPF s’inscrit dans une logique militante. Elle soutient des mouvements comme l’ANC en Afrique du Sud, le FRELIMO au Mozambique, ou encore le MPLAen Angola. Ce n’est pas une simple organisation féminine, c’est une voix politique, panafricaine et engagée contre toutes les formes de domination.
Un féminisme africain, enraciné et solidaire
Loin d’imiter les modèles occidentaux, l’OPF développe un féminisme africain, à la fois enraciné dans les réalités du continent et ouvert sur le monde. Ce féminisme combat toutes les formes d’injustice mais il défend aussi une vision solidaire et communautaire du progrès.
Dès le départ, l’Organisation ne laisse place à aucun doute, l’émancipation des femmes africaines est au cœur de son combat. Elle vise d’abord à éliminer toutes les formes de discrimination dont sont victimes les femmes, qu’elles soient sociales, économiques ou politiques. Mais elle ne s’arrête pas là, L’OPF s’engage aussi à favoriser l’accès à l’éducation, à la santé et à l’autonomie financière, convaincue que ces leviers sont essentiels pour garantir une véritable émancipation. Elle encourage également la participation active des femmes dans les affaires publiques, car leur voix mérite d’être entendue dans les espaces de décision. Enfin, elle s’efforce de renforcer la solidarité entre les femmes africaines, persuadée que l’unité est leur force la plus précieuse.
Pour traduire ces ambitions en actes, l’OPF organise en 1972 sa première grande conférence à Dakar, au Sénégal. Cet événement marque un tournant historique, car il rassemble, pour la première fois, des militantes venues de tout le continent autour d’un projet commun : construire un avenir où les femmes africaines seront libres, actives et reconnues dans toutes les sphères de la société.
Des actions concrètes, des résultats visibles
Depuis sa création, l’OPF ne s’est pas contentée de discours. Elle a organisé des congrès, soutenu des femmes rurales, plaidé pour des réformes et accompagné les États dans la prise en compte des droits féminins.
Un moment clé de son engagement est sa contribution majeure au Protocole de Maputo, adopté en 2003. Ce texte juridique est l’un des plus avancés au monde sur les droits des femmes. Il défend notamment la santé reproductive, l’égalité devant la loi, et la lutte contre les violences basées sur le genre mais son impact ne s’arrête pas là. L’OPF a lancé des campagnes d’alphabétisation, développé des programmes pour les femmes rurales et contribué à faire évoluer les mentalités, non seulement dans les institutions, mais aussi au sein des communautés locales.
L’OPF face aux défis contemporains
Aujourd’hui, les enjeux ne sont plus les mêmes qu’au moment de sa fondation en 1962. Le monde a changé, l’Afrique évolue, et les formes de militantisme se transforment. Les jeunes générations veulent s’exprimer autrement. Elles utilisent les réseaux sociaux, elles parlent de genre, d’environnement, de sexualité et de numérique. L’OPF, consciente de ces mutations, cherche à se réinventer. Elle développe de nouveaux programmes pour les jeunes filles, renforce la lutte contre les violences faites aux femmes, et multiplie les partenariats avec des institutions comme l’Union Africaine mais la tâche reste immense, car les défis sont multiples : patriarcat persistant, inégalités économiques, conflits armés, ou encore accès limité à l’éducation pour les filles dans certaines zones rurales.
Aujourd’hui, l’OPF est présente dans plus de 40 pays africains, et elle continue de défendre les droits des femmes avec force et conviction.
Transmettre l’héritage, renouveler la flamme
L’histoire de l’OPF est précieuse, et elle mérite d’être connue, partagée et transmise. C’est un héritage de luttes, de victoires, mais aussi de résilience. Pour que le combat continue, il faut que les jeunes générations s’en inspirent, et qu’elles réinventent à leur manière ce féminisme panafricain.
Les femmes africaines n’attendent plus qu’on leur donne la parole : elles la prennent, elles la portent, et elles la font entendre. Et tant que des organisations comme l’OPFcontinueront à les soutenir, leur voix ne pourra que résonner plus fort encore, d’un bout à l’autre du continent.
Sane