Immigration aux Émirats arabes unis – Derrière les gratte-ciels, les bâtisseurs oubliés

❖ Un eldorado aux promesses brisées

Modernité, luxe, skyline vertigineuse… Dubaï et Abu Dhabi fascinent le monde entier. Pourtant, derrière les vitres fumées des tours étincelantes et les chantiers titanesques, une autre réalité persiste, celle d’une armée invisible qui sont des millions d’immigrés venus construire les fondations du rêve émirati, souvent au prix de leur dignité.

Chaque année, les Émirats attirent une main-d’œuvre étrangère massive, attirée par la perspective d’un emploi et de revenus en devises mais très vite, le rêve peut tourner au cauchemar.

❖ 88 % d’étrangers, mais peu de droits

Avec environ 10 millions d’habitants, les Émirats arabes unis comptent 88 % de résidents étrangers, un record mondial. La majorité vient d’Asie du Sud et d’Afrique :

NationalitéProportion estimée
Inde30 %
Pakistan12 %
Bangladesh10 %
Philippines6 %
Afrique (Égypte, Nigeria, Éthiopie…)15 %

Ces travailleurs sont les piliers invisibles de la croissance économique du pays. Mais leur sort reste souvent entre les mains d’un système opaque : la kafala.

❖ Le système Kafala : une liberté sous tutelle

« Si tu veux partir, ton patron doit te libérer. Sinon, tu restes bloqué, même sans salaire.» confie un Immigré népalais

Ce système de parrainage encore en vigueur dans plusieurs émirats lie chaque travailleur à un employeur (le kafil) qui détient un pouvoir quasi absolu sur sa situation légale. Impossible de changer d’emploi ou de quitter le pays sans l’approbation de ce dernier.

❖ Des logements insalubres à la périphérie

Si les élites vivent dans des quartiers ultramodernes, la majorité des travailleurs immigrés s’entassent dans des camps ouvriers excentrés, souvent insalubres. Jusqu’à 15 personnes dans une même pièce, sans fenêtres, avec un accès limité à l’eau et à l’hygiène.

« On travaille sous 40°, puis on rentre dans une chambre sans fenêtre. C’est invivable.»
selon un ouvrier indien

❖ Un coût de la vie écrasant, pour des salaires dérisoires

Les salaires mensuels tournent entre 200 et 300 USD, parfois moins, pour des semaines de 6 à 7 jours. En comparaison :

• Loyer studio à Dubaï : 800 à 1 000 USD

• Transport mensuel : 80 à 120 USD

• Scolarité privée : jusqu’à 10 000 USD par enfant et par an

• Soins de santé : souvent non pris en charge

« Ils disaient qu’on allait gagner 500 $, mais on recevait moins de 200. »
Rahim, ouvrier bangladais

Fatima, 29 ans, Éthiopienne, aide domestique :

« Mon passeport a été confisqué. Je travaillais de 6h à minuit, sans jour de repos. » – Voix de l’ombre

❖ Des réformes… mais pour qui ?

Face à la pression internationale, les Émirats ont récemment engagé des réformes :

• Autorisation de changer d’employeur (dans certains cas)

• Création de tribunaux du travail

• Introduction de visas à long terme pour les travailleurs qualifiés

Mais l’application reste inégale, surtout pour les travailleurs peu qualifiés, les plus vulnérables.

❖ Entre innovation et inégalités

Les Émirats arabes unis avancent à grande vitesse vers l’avenir, affichant une ambition technologique et économique sans limites. Mais une partie de cette réussite repose sur le labeur de travailleurs invisibles, dont les droits restent fragiles, parfois bafoués.

Réformer profondément les conditions d’immigration ne serait pas un luxe humanitaire : ce serait un acte de justice, un hommage nécessaire à celles et ceux qui ont bâti, souvent dans l’ombre, le rêve émirati.

Sane