Le 31 juillet 2025, le Mali s’est joint à la communauté panafricaine pour célébrer la Journée Panafricaine des Femmes, une date symbolique inscrite dans l’histoire du continent depuis 1962. Cette édition s’est tenue sous un triple prisme thématique : un thème continental fixé par l’Union Africaine, un thème proposé par l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF), et un thème national élaboré par le gouvernement malien.

Ainsi, à l’échelle continentale, l’Union Africaine a retenu le sujet suivant : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations », soulignant l’urgence d’une reconnaissance historique et d’une action réparatrice. Dans la même dynamique, l’OPF a proposé de « Promouvoir la justice sociale et économique pour les femmes africaines à travers les réparations », recentrant le débat sur les femmes, souvent en première ligne des inégalités structurelles. De son côté, le Mali a décliné son propre thème : « Faire avancer la justice sociale, économique et environnementale pour les femmes du Mali à travers la promotion de leurs droits ».

La cérémonie officielle s’est tenue au Centre international de conférences de Bamako, en présence de membres du gouvernement, de diplomates, de représentantes d’organisations féminines et de partenaires techniques. Elle a été marquée par des allocutions fortes, des panels, un défilé culturel et une remise de distinctions honorifiques. Si les discours ont mis en lumière la nécessité de réparations historiques et d’actions concrètes en faveur des femmes, la célébration a également réservé un moment particulier à celles qui œuvrent en coulisses mais dont l’impact est incontestable.

Des voix de la presse enfin reconnues

Dans un moment particulièrement symbolique de la cérémonie, plusieurs personnalités de la presse ont été distinguées, aussi bien des hommes que des femmes, mais l’attention s’est naturellement portée sur les journalistes féminines, honorées pour leur engagement exceptionnel en faveur des droits des femmes et des filles. À travers leurs reportages, chroniques, émissions ou articles, elles contribuent depuis des années à porter la voix des femmes, à dénoncer les injustices et à promouvoir l’égalité des genres. Cette reconnaissance officielle vient saluer leur rôle essentiel dans le combat pour les droits des femmes et des filles au Mali.

Il s’agit de :

• Maïmouna Traoré (Nyeleni Magazine)

• Coumba Bah (Musoya)

• Marietou Konaté (L’Annonceur)

• Ramata Dia (Radio Guinta)

• Oumou Diata Keïta, Djenebou Diarra, Didia Koné, Fatim Dembélé (ORTM)

Leur distinction constitue une avancée notable, tant la reconnaissance du rôle des femmes de la presse reste encore marginale dans les grandes cérémonies nationales. En les mettant en lumière, l’État et les organisations partenaires envoient un signal fort : l’information est un levier essentiel de transformation sociale.

Réparations, justice et mise en œuvre

La dimension de justice réparatrice a été particulièrement portée par Me Nadia Myriam Biouelé, fondatrice de la HERA Foundation, qui a livré un message percutant intitulé « Réparer les femmes, réparer la justice ». Elle y dénonce les mécanismes d’oppression souvent invisibles mais profondément ancrés, et appelle à des réparations concrètes qui passent par l’émancipation économique, l’accès à la justice et la reconnaissance symbolique et matérielle du rôle des femmes dans le développement du continent.

Sur le plan national, la ministre Diarra Djénéba Sanogo a rappelé les progrès législatifs accomplis par le Mali, notamment avec la loi 052/2015 et l’adhésion au Protocole de Maputo. Cependant, elle a aussi reconnu l’écart persistant entre ces cadres légaux et leur mise en œuvre effective sur le terrain, notamment dans les zones rurales et les régions en situation de crise sécuritaire. Les statistiques présentées sont éloquentes : seulement 8 % des femmes terminent le cycle secondaire, 45 % sont confrontées à des violences physiques ou sexuelles, et à peine 21 % occupent des postes ministériels.

Perspectives et enjeux

Malgré cette dynamique de plaidoyer, une zone d’ombre persistait dans les années précédentes : celle de la reconnaissance du travail des femmes journalistes. Grâce à cette édition 2025, cette lacune semble avoir été partiellement comblée. Pour autant, les attentes demeurent : au-delà des décorations, les professionnelles de la presse attendent des conditions de travail équitables, une sécurité renforcée et une pleine liberté d’expression.

En définitive, cette Journée Panafricaine des Femmes 2025 a permis de rappeler l’importance des réparations historiques, de la justice économique et sociale, et de la protection environnementale en lien avec les droits des femmes. Toutefois, le chemin vers une égalité réellement inclusive et représentative reste long. Car si les lois et les discours évoluent, il faudra encore des actions concrètes, un suivi rigoureux et une volonté politique affirmée pour que chaque femme africaine, qu’elle soit paysanne, commerçante, journaliste ou militante, soit pleinement actrice de son destin.

Sane