Les défis silencieux des entrepreneurs africains aux Émirats Arabes Unis
Quand rêve d’expansion rime avec parcours d’obstacles
Dubaï, Abu Dhabi ou Sharjah font rêver des milliers d’entrepreneurs africains en quête de succès à l’international. Infrastructure de pointe, absence d’impôts sur le revenu, carrefour stratégique entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe… les Émirats Arabes Unis (EAU) ont de quoi séduire. Pourtant, derrière cette vitrine ultra-moderne, de nombreuses réalités freinent l’essor des entrepreneurs venus du continent africain.
➢ Entre rêve d’émancipation et réalité administrative
L’un des premiers obstacles est d’ordre juridique : créer une entreprise aux EAU implique de naviguer dans un cadre légal strict, souvent méconnu. En dehors des zones franches, la loi imposait la présence d’un partenaire émirati local dans l’actionnariat – une contrainte lourde pour qui veut garder le contrôle de son entreprise.
Historiquement, pour ouvrir une entreprise aux EAU (hors zones franches), un investisseur étranger devait :
• Trouver un sponsor local émirati (citoyen des EAU),
• Qui détenait 51 % des parts de la société (dans une LLC – Limited Liability Company),
• Tandis que l’étranger ne pouvait avoir que 49 %, même s’il fournissait 100 % du capital et de la gestion.
Même dans les zones franches, bien que la propriété à 100 % soit permise, l’entrepreneur ne peut pas vendre librement sur le marché intérieur sans passer par un distributeur local.
2020-2021, le gouvernement des EAU a introduit une nouvelle loi sur la propriété étrangère, qui autorise désormais :
• 100 % de propriété étrangère dans :
• La plupart des secteurs économiques,
• Le mainland (en dehors des zones franches),
• Sans obligation de sponsor émirati pour la majorité des activités commerciales et industrielles.
➢ Le financement, nerf de la guerre… introuvable
Sans garanties solides, réseau établi ou historique bancaire local, les institutions financières émiraties restent frileuses. Accéder à des fonds, que ce soit par des banques ou des investisseurs, demeure un véritable parcours du combattant pour les entrepreneurs africains. Les projets portés par des ressortissants africains sont encore trop souvent perçus comme “à haut risque”, malgré leur solidité.
➢ Solitude entrepreneuriale et réseau fermé
Dans un environnement où le réseautage est roi, les Africains peinent souvent à s’insérer dans les cercles économiques dominés par des acteurs asiatiques, arabes ou occidentaux. Le manque de connexions locales, combiné à une méconnaissance des codes culturels et linguistiques, crée une barrière invisible mais bien réelle.
➢ Le coût de l’aventure
S’installer aux Émirats nécessite un investissement initial conséquent : licences commerciales, visa de résidence, bureaux, logement, assurances… autant de postes de dépenses qui grèvent les budgets. À cela s’ajoutent des frais de renouvellement annuels et les dépenses liées à la vie quotidienne dans un des pays les plus chers du Golfe.
➢ Statut fragile et incertitudes juridiques
Le visa de résidence d’un entrepreneur est lié à son entreprise. Si l’activité cesse, c’est tout son statut qui s’écroule. Une pression constante qui pousse certains à rester dans des situations précaires pour éviter l’expulsion ou la perte de leurs investissements.
➢ Un potentiel bridé… mais pas inexploitable
Malgré ces embûches, de nombreux entrepreneurs africains parviennent à tirer leur épingle du jeu, en particulier ceux qui s’installent dans des zones franches adaptées, bénéficient de mentorat communautaire ou s’associent à des partenaires fiables. L’émergence de réseaux afro-émiriens ou d’événements comme l’Africa Business Summit à Dubaï témoigne d’une dynamique en mouvement.
L’enjeu, aujourd’hui, est clair : créer un véritable pont entre l’Afrique entrepreneuriale et les marchés du Golfe, à travers plus de soutien institutionnel, des mécanismes de financement adaptés, et une meilleure information juridique. Car dans un monde globalisé, le talent ne devrait pas être limité par le passeport.
Sane